You are currently viewing Un Méga Data Center à SQY ?

En plein été 2026, du 1er juillet au 1er septembre, une concertation sur l’implantation d’un data center sur la zone d’activités  de Trappes-Elancourt est en cours. Passons sur le choix de la période de vacances, pas forcément le plus judicieux pour que les citoyens soient au courant, s’y intéressent et répondent…

Vous trouverez la documentation accessible ici et elle l’est aussi sous format papier à la mairie de Trappes et à l’hôtel d’agglomération de SQY.

Localisation du projet de data center sur un plan de Saint-Quentin-en-Yvelines

Concertation ?

La concertation est une première étape. Un projet existe mais il n’est pas encore bien défini. C’est à ce stade que l’on peut faire des propositions. Le porteur de projet examine les propositions et voit comment il peut modifier son projet. Ensuite, il y aura une enquête publique, à la fin. Tout sera alors décrit précisément et le projet ne pourra être modifié qu’à la marge où abandonné. Donc, il sera difficile à ce stade final de faire bouger les choses.

Dans notre cas, nous sommes bien sur la 1ère phase de concertation. Ça vaut donc la peine d’être nombreux à nous intéresser à ce projet et à donner notre avis en envoyant un mail à plui.dpmecdu@sqy.fr.

Que dit cette concertation ?

Un document concentre les informations à disposition et reprend les autres documents (dont l’Auto-évaluation environnementale – DPMECDU PLUi – campus numérique ») : Notice justificative et demontrant interet general – DPMECDU PLUi – campus numérique.

Sur la zone d’activités de Trappes-Elancourt, un périmètre de 15,5 ha est visé pour un projet de « campus numérique » avec le porteur de projet Goodman, premier promoteur immobilier industriel (australien). Même si le projet parle de « Campus numérique », seul le data center est prévu et détaillé. Il est assez courant d’utiliser le terme de « campus numérique » pour masquer et adoucir la réalité.

La zone ciblée est constituée de 3 parties : 2 bâtiments (IVECO et COPERNIC) détruits ou en cours de destruction et un bâtiment (EINSTEIN) encore utilisé aujourd’hui mais dont la destruction est, elle aussi, prévue. Pour ce dernier, une demande de modification du PLUi est proposée pour lever la protection en tant qu’élément remarquable, en raison de ses caractéristiques architecturales des années 70. 

Le data center sur 34.000 m2 de surface nécessite une puissance électrique de 300MW (environ 1/3 de la puissance d’un réacteur nucléaire de taille moyenne). 

Pourquoi un data center ici et pour quels besoins ?

La notice mentionne la création de 200 emplois directs et 400 indirects. Ces emplois sont peu détaillés dans le document, notamment si ceux-ci relèvent de l’installation ou de l’exploitation. Aucune méthode de calcul de ces chiffres n’est indiquée or les data centers n’offrent que très peu d’emplois en réalité. A titre d’exemple, le data center PAR08 à La Courneuve, « le plus gros data center de France » en 2026 couvre 40.000 m2 et emploie seulement 70 personnes. L’impact de l’IA sur les emplois détruits, locaux ou pas, n’est pas non plus abordé … c’est regrettable. Au lieu d’aborder cette question cruciale, le document vante même les mérites des emplois créés par l’économie numérique.

Il est aussi indiqué une vacance importante de locaux tertiaires sur la zone d’activités de Trappes-Elancourt que viendrait combler ce projet. Or dans le même temps des locaux tertiaires sont construits dans d’autres secteurs de SQY. Nous nous interrogeons donc sur la stratégie territoriale, quelle est la cohérence de l’implantation et la construction au niveau de l’agglomération, du département et de la Région ?

De la même façon, quelle est la stratégie d’implantation des data centers, quelle répartition sur le territoire ? Le déploiement actuel semble plutôt anarchique et opportuniste, sans prendre en compte les impacts et enjeux qu’ils soient climatiques, énergétiques et sociétaux.

Toujours sur le lieu précis du projet, 33 928 m2 sont nécessaires aux salles serveurs du data center sur 15,5ha disponibles. La désartificialisation des sols nous semble devoir être une condition essentielle de réalisation du projet, d’autant que la hauteur autorisée de 22 m procure des possibilités d’optimisation intéressantes du foncier.

La notice parle de relocalisation de données et de serveurs, ce qui pourrait par la même occasion faire baisser les émissions de GES grâce à l’électricité française décarbonée. C’est assez naïf et mal connaitre les trajectoires croissantes d’utilisation et l’effet rebond. Les nouveaux data centers serviront à alimenter l’effet rebond mais cela n’arrêtera malheureusement pas ceux alimentés par des centrales à charbon ailleurs… Le shift project estime que les data centers contribueront 3 fois plus aux émissions de gaz à effet de serre en 2030 qu’en 2020, alors qu’il nous faudrait baisser nos émissions de 90% entre 2020 et 2050. Quel est la trajectoire de décarbonation, comment ce data center va t-il contribuer réellement à plus de sobriété et de transition ?

N’est-il pas naïf de nous faire croire à la souveraineté numérique en s’appuyant sur une entreprise immobilière australienne, Goodman ? Quelle garantie sur les opérateurs français ou européens qui s’installeraient ici ? 

Avec quels impacts, quels risques ?

L’étude environnementale est très sommaire en ce qui concerne plusieurs sujets tels que :

  • l’utilisation d’énergie produite localement,
  • la récupération de chaleur pour alimenter le futur réseau de chauffage urbain de Trappes,
  • la création locale d’un îlot de chaleur,
  • le risque d’incendie à 200 m d’un espace forestier, augmenté avec l’îlot de chaleur et avec les générateurs de secours fonctionnant généralement au fioul
  • la consommation d’eau (non estimée),
  • le traitement des eaux pluviales
  • et l’évacuation des eaux usées.

Le choix d’implantation d’un tel équipement à cet endroit nécessite d’ores et déjà une étude environnementale plus poussée.

Par ailleurs, les risques sociaux et sociétaux de l’IA sont complètement passés sous silence. Une étude du MIT a aussi démontré l’affaiblissement de nos capacités cognitives en utilisant l’IA. Malgré tous les biais et risques de l’IA, aucun choix n’est laissé aux citoyens. Un verrou technologique est en train d’être mis en place dont il sera de plus en plus difficile de se défaire.

Si ce projet devait voir le jour…

Nous pensons qu’un certain nombre de conditions suspensives sont nécessaires, parmi lesquelles en première approche :

  • Une véritable étude environnementale indépendante
  • Sur le sujet de l’emploi, obligation d’emploi prioritaire sur la commune de Trappes.
  • Caractéristiques techniques exemplaires avec un PUE de 1,2 pour être conforme à ce qui se fait de mieux (ou meilleure valeur si les technologies ont progressé d’ici la réalisation).
  • Utilisation au minimum de 50% d’énergie produite localement par l’installation de panneaux solaires photovoltaïques.
  • Récupération de la chaleur fatale pour alimenter le futur réseau de chaleur urbain de Trappes.

Conclusion

La course mondiale à l’IA générative, imposée dans chaque aspect de la vie, qui justifie tous les moyens de déploiement des infrastructures, ne pose pas la question essentielle du besoin ni du choix démocratique. Pourtant même des fondateurs de l’IA, militent pour un débat citoyen et le pape lui-même s’est positionné récemment comme « lanceur d’alerte » sur le sujet dans sa récente encyclique !

Aussi, nous ne nous satisfaisons pas de la liste de promesses présentes dans le document présenté pour alimenter la concertation du public. Compte tenu des enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux sous-jacents, nous demandons solennellement un moratoire sur ce projet de manière à permettre une véritable réflexion stratégique impliquant les habitants de la Région dans un format de type débat public ou convention citoyenne afin de déterminer : les besoins de déploiement, un schéma directeur d’implantation à l’échelle régionale, les caractéristiques techniques et environnementales des projets qui auront été retenus et validés réellement comme étant d’intérêt général.